Je manque à tous mes devoirs !

Je n'ai pas pris le temps de poster l'exercice d'écriture d'Août, pour cause de vacances puis préparatifs de mon anniversaire.

J'ai cette fois-ci fait extrêmement simple, il vous suffisait de compléter la phrase suivante :

"X somnole, dans le train qui la mène à Y"

X étant le prénom de votre grand-mère et Y un lieu commençant par "O".

Les consignes en vidéo :

 

Pour ma part, j'ai poursuivi l'aventure de Jeanne !

Voici mon texte :

Jeanne somnole dans le train qui la mène à Ouistreham.  La nuit a été furieusement agitée . Les paroles de Naty lui contant les violences subies par Léna ont tourné en boucle dans sa tête, sans répit, dès qu’elle s’est allongée. 

Alors ce matin, elle se sent un peu vaseuse. Elle est pourtant heureuse de rejoindre Marine, sa petite sœur.

Elle avait bien besoin de ce break. Jeanne avait tant pris sur elle depuis le décès d’Eric que ces quelques jours, au cours desquels elle pourrait laisser tomber le masque de la femme forte, étaient les bienvenus.

Prise dans ses pensées, Jeanne n’a pas entendu le train s’arrêter. 

« Caen, 5 minutes d’arrêt ! »

Une vague hétéroclite et bruyante déferle dans le wagon. Une jeune femme aux cheveux bleus s’installe aux côtés de Jeanne. 

Elle ne tarde pas à entamer la discussion :

« J’aime beaucoup votre châle ! »

Jeanne sourit :

« Oh merci, c’est moi qui l’ai tricoté ! »

Jeanne tait habituellement ce genre d’information qui déclenche au mieux des sourires compatissants au pire des regards ironiques. Mais cette fois-ci, rien de cela dans les yeux de la jeune fille. 

« Comme j’aimerais en être capable ! Pardon, je ne me suis pas présentée, je m’appelle Aurore ! »

« Enchantée Aurore, moi c’est Jeanne. Mais je suis certaine que vous en êtes capable, le plus difficile c'est d’oser se lancer ! Et vous trouverez toujours une âme charitable pour vous aider. Si ce n’est pas le cas, YouTube deviendra votre meilleur ami ! »

« Ah oui, vous croyez ? Pourriez-vous me donner quelques conseils pour débuter ? Je vais quelques jours chez ma tante qui habite à côté d’une mercerie, ce serait l’occasion ! »

La conversation est lancée, les 2 femmes échangent joyeusement.

Jeanne réalise subitement avec regret que le train arrive en gare de Ouistreham. 

« C’est là que nous nous quittons  Aurore. J’espère que je vous aurais donné envie de vous lancer ! »

« Oui, merci ! Bon séjour Jeanne ! »

Jeanne retrouve avec joie Marine qui l’attend sur le quai. 

« Je n’espérais pas te voir m’accueillir, tu ne travailles pas aujourd’hui ? » peine à articuler Jeanne essoufflée par le sprint couru dans le train qui s’apprêtait à redémarrer avec elle à son bord.

« J’ai fini ma mission, je suis toute à toi » lui répond espièglement sa soeur.

Marine propose ses compétences à diverses associations depuis son retour en France. Quand elle a annoncé à leurs parents, à la fin du lycée, qu’elle ne ferait pas d’études supérieures, ils ont eu bien du mal à l’accepter. Mais Marine a tenu bon, elle est partie avec son sac à dos et ses idéaux découvrir le monde. Jeanne a eu peur pour elle, seule sur les routes, mais cette aventure a forgé Marine. Sa capacité à s’adapter à tout et à trouver des solutions même dans les situations les plus complexes, font qu’elle ne reste jamais longtemps sans mission. Ces temps morts lui laissent le temps de s’adonner à ses passions : la randonnée et la peinture. L’une nourrissant l’autre. Marine a une vie en cohérence avec ses idéaux. Garde robe minimaliste, appartement fait de bric et de broc, l’essentiel n’est pas dans la possession, la petite sœur de Jeanne n’a pas abandonné ses idéaux d’adolescence en chemin. C’est toujours avec un plaisir infini que Jeanne la retrouve. Cette petite sœur, physiquement si frêle est un roc de sérénité et de bienveillance et à son contact Jeanne sait que l’apaisement dont elle a terriblement besoin sera au rendez-vous.

Marine a vu les choses en grand pour leur première soirée entre soeurs : un pique nique pléthorique sur la plage de Ouistreham.

Marine a mis à profit ses années sur les routes pour s’imprégner des différentes cultures rencontrées. Elle a développé une passion des cuisines du monde. Alors ce soir, elle a sorti le grand jeu à sa sœur avec un repas vietnamien.

« Mais tu me gâtes sœurette ! En quel honneur, ce somptueux repas ?! »

« J’ai une grande nouvelle à t’annoncer ! Un projet que je porte depuis longtemps sans jamais penser qu’il aboutirait tellement il était gigantesque ! Et puis finalement, avec toutes mes connections dans le milieu associatif, et un mécène inattendu, il va voir le jour ! » 

« Je veux tout savoir !!! » glousse Jeanne.

« Nous allons créer un Tiers Lieu dans l’ancien centre de tri postal afin d’y réunir toutes les associations à but social de la ville. Mais pas que, nous allons ouvrir des zones « ateliers » pour permettre à de jeunes artistes ou artisanes d’avoir leur endroit pour créer. En contrepartie, elles s'engagent à donner de leur temps pour faire découvrir leur art au plus grand nombre.  Il y aura aussi un FabLab. Je vais diriger cet endroit, si tu savais comme j’ai hâte !! »

« Mais c’est fantastique, ce projet te ressemble tellement ! J’adore !!! Je voudrais t’aider financièrement Marine. » Jeanne parle avec le Cœur, elle n’a pris aucun temps de réflexion, et puis Éric l’a mise à l’abri du besoin, elle veut en faire profiter ses proches.

« En fait, j’avais plutôt pensé à autre chose, murmure Marine, gênée … je voulais te proposer de m’accompagner ici, physiquement,  sur ce projet. Je me disais que ça te permettrait de tourner la page de ta vie à Tours avec Eric … »

Jeanne a un pincement au cœur, quitter Tours, ne serait-ce pas quitter aussi Eric et tous leurs souvenirs communs ? 

Elle est désemparée face à la proposition de Marine …

« Et puis, ce mécène inattendu dont je te parlais, c’est justement Éric. Je crois qu’il serait très heureux de te savoir à mes côtés sur ce projet. »

Les larmes coulent sur les joues de Jeanne, submergée par l’émotion. Éric par delà la mort continue à veiller sur elle !

 

Voici ma version lue :

 

Je partage également le texte de M :

Alice somnole dans le train qui l’amène à Orges (Haute Marne). Elle a oublié son tricot, elle qui a toujours besoin d’occuper ses mains pour éviter de penser. Elle a mal dormi cette nuit, comme souvent lorsqu’elle doit quitter le domicile qu’elle partage avec sa fille Marcelle, et avec sa sœur Louise. Alice n’a pas l’âme d’une aventurière, elle aime rester chez elle.

Elle a perdu son mari, Anatole, en octobre 1918. Légèrement blessé lors d’un affrontement avec l’armée allemande, il a été admis dans un hôpital militaire où il a attrapé la grippe espagnole dont il est mort assez rapidement. Louise a perdu son fiancé, et elles ont perdu leurs trois frères dans cette funeste guerre. Elles vivent dans la maison familiale. Elles ont peu de moyens de subsistance car les deux adultes n’ont jamais eu d’activité salariée. Elles aidaient leurs parents aux travaux de leur petite ferme. Aujourd’hui elles vivotent avec la pension de veuve de guerre d’Alice. Elles mangent les légumes du potager et les animaux de la basse-cour.

Marcelle est bonne écolière et la maîtresse leur a suggéré de lui faire poursuivre sa scolarité à l’Ecole Primaire Supérieure, à la suite de laquelle elle pourrait devenir institutrice. Elle est pupille de la nation et elle n’aura pas à payer les frais liés à l’internat. Mais elle ne pourra pas rapporter d’argent à la maison pendant plusieurs années. C’est un effort supplémentaire pour Alice, mais l’idée que sa fille puisse profiter d’une bonne instruction et trouver un métier intéressant lui est agréable. Elle s’est décidée à aller visiter cette école, sans en parler à sa Marcelle, pour que celle-ci ne soit pas déçue si la directrice ne trouve pas ses résultats suffisants et refuse de l’inscrire. Elle ne veut pas lâcher sa fille dans l’inconnu. Elle veut savoir comment se passent le déplacement en train et le trajet à pied jusqu’à l’établissement, elle veut faire connaissance avec le personnel et visiter les locaux. Depuis qu’elle est veuve tout lui fait peur, surtout ce qui concerne Marcelle et elle ne veut lui faire courir aucun danger. Elle n’a plus qu’elle. Elle a sa sœur, évidemment, mais elles partagent leur domicile plus par nécessité que par entente personnelle. Elles n’ont pas du tout le même caractère. Louise est volontaire, courageuse, grande et forte. Elle s’occupe des poules et des lapins, elle cultive le potager et le petit champ de pommes de terre et de luzerne, elle descend jusqu’à la Marne, à 800 mètres de chez elle, avec sa brouette chargée, pour laver leur linge par tous les temps, elle tisse les draps et les torchons sur le grand métier qui occupe une place importante dans leur pièce à vivre. Alice se sent si petite, si faible et triste par rapport à sa sœur, elle cuisine, elle tricote, crochète et brode pour elles trois. Mais souvent elle se sent honteuse de ne pas aider sa sœur dans les travaux difficiles. Bien sûr elle a élevé sa fille seule, mais parfois Louise lui répond brusquement quand elle se plaint et elle s’en veut encore plus.

Sa visite à l’école s’est bien passée, même si la directrice lui a semblé bien stricte et rigide. Elle a peur que Marcelle souffre de l’éloignement et du manque d’affection pendant ses semaines à l’internat. Elle la protège beaucoup, trop peut-être, mais elle veut lui faire oublier l’absence de son père. Marcelle n’en a gardé aucun souvenir car elle n’avait qu’un an quand il est parti à la guerre. Quand il revenait en permission il ne supportait pas ses cris d’enfant qui lui rappelaient trop les cris de souffrance de ses camarades blessés et Alice devait, à contre coeur, éloigner sa fille le temps de la présence de son père. Elle avait dû vendre leur maison à la fin de la guerre, malheureuse de perdre les murs qui avaient vu son bonheur de jeune mariée puis de jeune maman. Elle n’avait pas eu le choix, sans les revenus de son charpentier de mari elle ne pouvait pas la garder. Elle était revenue vivre dans la maison de ses parents que sa sœur n’avait jamais quittée. Ils s’étaient entassés à cinq dans les deux petites chambres que comportait la maison. Les deux grands parents n’avaient pas survécu longtemps après la fin de la guerre, minés par tous ces décès masculins autour d’eux. 

Malgré tout, elle revenait chez elle sûre de sa décision : Marcelle irait à l’Ecole Primaire Supérieure. La directrice avait trouvé ses résultats très bons. Marcelle deviendrait institutrice, elle aurait un « bon » métier qu’elle pourrait garder toute sa vie, et elles vivraient ensemble dans le logement de fonction qui accompagnerait son premier poste.

Elle somnolait donc, rassérénée quant à l’avenir de sa fille. Celle-ci ne serait pas démunie si la vie la privait d’un compagnon et ne serait pas contrainte à une vie de pauvreté comme ça avait été son cas à elle qui n’avait pas pu aller à l’école bien longtemps.

Voilà pour Août.

Le prochain exercice attendra Octobre !

écrire