Pour l'exercice d'écriture d'Octobre, il y avait des mots ainsi qu'une image, à vous de faire un texte de ces contraintes !

 

Un rappel sur la méthode pour se lancer dans l'exercice ici.

 

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Voici le texte que j'en ai tiré, en conservant comme personnage principale Jeanne, déjà présente dans les 4 autres exercices :

 

Visiblement Eric avait préparé sa disparition. 

Apprendre de la bouche de Marine qu’il avait décidé d’être le mécène du projet de cette dernière, laissait Jeanne sans voix.

Le pique nique d’hier soir sur la plage de Ouistreham avait été un réel tsunami émotionnel pour elle.

Grâce aux dispositions prises par Eric, avant son décès, Jeanne se savait plus sereine pour affronter l’avenir. Elle commençait doucement à imaginer qu’un jour, elle pourrait quitter ce travail, qui ne la faisait pas vibrer. Mais pas si vite et sans doute pas avec une telle prise de risque. Encore moins quitter Tours et cette maison pleine de souvenirs d’une existence heureuse avec Eric …

Cette conversation avec Marine l’avait bien trop bousculée. Réveillée à l’aube par le souvenir de cette soirée, Jeanne décide d’aller marcher le long de la jetée pour réfléchir. Elle se faufile hors de l’appartement de Marine sans faire de bruit, après avoir laissé un mot “Je vais réfléchir au bord de la mer, je te ramène des croissants pour le petit déjeuner, prépare le café Je t’❤️ Jeannette !”.  Marine dort à poings fermés dans le canapé du salon. Il n’y a rien eu à faire. Elle a laissé sa chambre à Jeanne. “Privilège de l’âge” a-t-elle dit gentiment moqueuse . Devant le palier, Jeanne vérifie qu’elle a bien son portable et les clés dans ses poches, et dévale les escaliers à toute vitesse, pour couper court à sa rumination mentale.

Au pied de l’immeuble, Jeanne est littéralement subjuguée par le levé du soleil. Il produit sur elle une onde de chaleur qui laisse présager une belle journée. Du moins, veut-elle y croire. Lunettes de soleil sur le nez, elle part vers le bord de mer.

Elle choisit de se concentrer sur le bruit des vagues, le soleil et sa douce chaleur, le ciel bleu, les mouettes rieuses. La discussion d’hier avec Marine n’a pas sa place dans cet instant, dédié à la contemplation. Finalement, ce qui promettait d’être un défi illusoire, s’avère plus facile que prévu. Rien ne vient perturber ce moment de grâce. Le travail avec la psy et la sophrologue paient. Même la pensée furtive d'Eric, dont le bleu des yeux est la copie conforme de la couleur du ciel, ne vient pas assombrir cette balade. Jeanne est tellement dans cette bulle de douceur, qu’elle ne voit pas débouler ce minuscule chien tenu en laisse par une dame aux cheveux blancs et tout sourire. La peluche en mouvement, s’est plantée devant Jeanne, la sortant de ses pensées. Elle s’agenouille pour se mettre à sa hauteur et le caresse. 

“ Oh, je suis confuse” lui dit la dame au bout de la laisse. Jeanne lève les yeux et découvre avec stupéfaction que le duo est accompagné d’Aurore, la jeune femme croisée dans le train.

“Mais quelle surprise Aurore, c’est incroyable de se rencontrer ici” s’esclaffe Jeanne !

Aurore a troqué ses cheveux bleus pour une couleur plus discrète, mais elle a toujours ce quelque chose de pétillant.

“Jeanne, je vous présente ma tante, Agnès, qui habite à côté de la mercerie” et se tournant vers sa tante :

“Agnès, je te présente Jeanne, responsable de ma nouvelle passion pour le tricot” pouffe Aurore.

“ Si nous allions boire un chocolat chaud au Salon de Thés rue des dunes ?” suggère Agnès.

“ Avec plaisir, je suis frigorifiée” commente Jeanne en s’enroulant dans son immense châle en laine.

Elle prend le temps d’avertir sa sœur que les croissants auront du retard et suit le trio, avec en tête, Lilou, la mignonne peluche.

Le salon de thé est décoré à l’anglaise, le chocolat est divin, la discussion tourne autour du tricot et de la laine. Aurore raconte ses débuts avec l’aide de la mercière. Agnès avoue ne pas comprendre l’attrait qu’elles peuvent toutes deux trouver à cette activité, mais elle les écoute malgré tout avec attention. Ce moment léger ravit Jeanne.

Elle ne veut surtout pas penser au sujet qui va devenir brûlant sitôt rentrée chez Marine.

Agnès et Aurore, attendues ailleurs, mettent un terme à cette douce parenthèse, les numéros de téléphone sont échangés, elles se promettent de se revoir, pour un chocolat chaud ou quelques rangs de tricot avant le retour de Jeanne à Tours.

Cette dernière atterrit doucement, déambulant dans les rues de Ouistreham, le nez en l’air. Au fond d’elle, elle sait que le moment est venu de réfléchir à la proposition de sa sœur. Ce sas de décompression offert par le bord de mer et le chocolat chaud l’aident à rentrer en douceur dans la réflexion.

Au gré de sa balade, elle tombe sur un jardin public luxuriant, oasis de verdure, en plein cœur de la ville. Avant d’entamer une discussion avec Marine, elle veut d’abord faire le point sur ses envies, avouées ou non. 

Au fond, elle n’a aucune difficulté à admettre que son job ne lui manquera pas.

Que travailler avec sa petite sœur sera sans doute très plaisant. Marine si différente d’elle, sans tabou, mais avec laquelle elle a une complicité délicieuse.

Rebecca, la fille de Jeanne et d’Eric, sera peut-être un peu jalouse de voir sa mère s’éloigner d’elle pour se rapprocher de Marine. Mais c’est une jeune femme intelligente, elle comprendra ce besoin de tourner la page.

Et puis, cela semblait être la volonté d’Eric de voir sa femme quitter Tours pour s’investir dans ce projet de Tiers Lieu, ici, à Ouistreham !

Jeanne commence doucement à se faire à l’idée. Soudain, se produit un événement qui la conforte dans l’idée que cette décision est la bonne. Un merle siffle sur une branche au-dessus de Jeanne. Éric était un siffleur invétéré, tout son répertoire musical y passait quand il cuisinait. Elle sourit tendrement, “Mon amour, tu peux être rassuré, je rejoins l’aventure !” murmure-t-elle le regard humide tourné vers le ciel.

Il est temps d’aller annoncer la nouvelle à la principale intéressée maintenant !

A la manière dont Jeanne referme la porte, Marine sait que la balade a été bénéfique à sa sœur. Elle a entendu Jeanne se retourner toute la nuit comme une crêpe et sangloter dans ses moments d’éveil.  Elle a bien cru ne plus revoir Jeanne quand la porte s’est refermée sur elle ce matin.

Alors, cette entrée dynamique est de bon augure !

L’odeur du café embaume la pièce, Jeanne pose les croissants, Marine retient sa respiration, n’osant lancer la discussion.

Elle remplit les mugs puis pose le bol de la cafetière sur le napperon qui fait office de sous plat.

“Tu te souviens sœurette, de Mamie qui passait ses journées à crocheter à la fin de sa vie ? Elle ne se souvenait plus qui elle était, qui nous étions pour elle, elle voyait à peine ses mains,  mais elle n’avait pas oublié leur danse hypnotique pour créer ses napperons ! Je pouvais passer un temps fou à la regarder … Comme si cette dentelle la maintenait en vie” dit Jeanne avec émotion les yeux dans le vague. 

Silence 

Hésitation

Elle poursuit, avalant avec gloutonnerie un croissant, pour se donner contenance : 

« Allez, mettons nous au boulot, si tu veux que ce Tiers Lieu prenne vie ! »

Marine est suspendue aux lèvres de sa sœur, un sourire franc au coin des lèvres. 

« D’ailleurs, tu as déjà pensé à un nom ? » 

Ne pas évoquer plus sa décision, se lancer franco dans le travail pour éviter les « Tu te sens prête ? », « ça n’est pas trop tôt ? » d’une Marine à la fois heureuse de cette association mais aussi inquiète pour le bien-être de sa sœur.

Jeanne sait que cette décision implique des départs définitifs qui vont la bousculer, alors que la mort d’Eric est encore une plaie béante.

Mais elle sait que cette nouvelle aventure avec Marine promet de redessiner joliment son quotidien.

Merci Eric de toujours veiller sur moi

 

La version lue sur ma chaîne Youtube :

 

Et voici le texte d'une des participantes, certaines ayant rendu leur copie sur Instagram directement :

 

Travailler la terre, la façonner, c’était une image positive qui lui trottait dans la tête depuis un moment.

En cette période de rentrée Martine décide donc de s’inscrire à l’activité poterie de la maison des jeunes et de la culture de sa commune. Ce serait aussi une manière de satisfaire son besoin de contacts. Vivant seule, elle ne faisait la conversation qu’à ses chats et trouvaient qu’ils manquaient un peu de répondant.

Lors du premier atelier elle se rend compte qu’elle est visiblement la seule débutante au milieu d’un groupe qui se connaît bien et qui pratique depuis longtemps. Elle ne manquerait pas de conseils si elle avait du mal à mettre ses idées en pratique. L’animatrice bénévole est à sa disposition tout en réalisant ses propres créations et c’est bien agréable. Comme elle l’avait imaginé cela se révéla rapidement très agréable de travailler la terre.

Dans son jardin déjà elle aimait mettre les mains dans la terre, elle ne portait jamais de gants de jardinage pour profiter pleinement de ces sensations. Mais, l’âge aidant, elle avait de plus en plus de mal à s’agenouiller sur ces plates bandes. L’avantage de la poterie était physiologique. Assise à la table de travail, elle aurait moins mal au dos. La terre à poterie avait, évidemment, une autre consistance que celle de son jardin, plus douce, plus compacte. Il faut la maltraiter un peu avant de la travailler, frapper le bloc sur la table pour en évacuer les bulles d’air. Puis la malaxer doucement, presque tendrement. Elle y voyait une sensualité nouvelle… Mouiller ses mains, étaler la pâte avec la paume de la main, la modeler, recommencer éventuellement. Y appliquer une feuille ou une dentelle pour y laisser une trace. Tout était découverte et apprentissage, ça la motivait énormément. Tout était possible, ou presque, avec la poterie. Au début le produit fini ne correspond pas nécessairement à l’idée qu’on s’en fait. Passer de l’idée à la réalisation n’est pas si simple. Il faut de la patience, car la réalisation doit sécher plusieurs jours avant d’être cuite une première fois. Ensuite on peut choisir de la laisser dans son plus simple appareil, ou la recouvrir d’un émail qui lui donne sa couleur définitive et qui nécessite un second passage au four. La couleur est parfois inattendue, l’émail change de couleur en cuisant. Mais au fond la découverte de l’objet créé est un émerveillement renouvelé. Cet atelier de poterie était devenu son oasis de rêverie et de création. Chaque semaine elle s’y rendait avec plaisir pour y retrouver le sympathique groupe qui l’avait adoptée avec gentillesse et où elle pouvait discuter sans tabou. Elle aimait imaginer de nouveaux objets à créer de bout en bout, souvent beaux et parfois utiles. Elle n’aurait jamais pu s’offrir ou offrir à ses proches de tels objets d’artisans en payant de sa poche. Ils auraient sans doute été plus originaux ou mieux réalisés chez des professionnels. Mais la satisfaction de posséder ou d’offrir des objets uniques et et entièrement réalisés par soi-même n’avait pas de prix. Et elle était fière de pouvoir dire à ceux qui entraient chez elle «c’est moi qui l’ai fait » lorsqu’ils admiraient une de ses réalisations.

 

Prochain exercice très vite !

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