Celles qui suivent - il y en a encore ?! -, n'auront pas manqué de remarquer que je ne vous ai pas présenté mon texte pour l'exercice du mois de décembre .

Pourtant il était cette fois-ci simple avec 15 mots à caser.

J'ai été rapidement inspirée et mon texte attendait que je veuille bien le mettre en valeur sur mon blog, dès mi-décembre.

Mais la préparation des fêtes, les fêtes, les virus, un asthme allergique, ont eu raison de ma motivation.

Ne parlons même pas de la lecture en vidéo de mon texte, qui attendra patiemment que mon teint d'endive reprenne des couleurs et que mon souffle soit plus ample.

Voici la liste des mots de cet exercice :

mots ECRIVONS part7

 

J'avoue que ça manquait un peu de piquant pour moi, j'aime vraiment la contrainte et plus elle est plurielle, plus elle me stimule.

Alors attendez-vous à un prochain exercice "pimenté", si évidemment vous êtes toujours dans le coin !!!

Voici donc mon texte, toujours dans la continuité des précédents, avec Jeanne au centre de l'histoire :

 

Jeanne, installée autour de l'îlot central de la cuisine, coupe avec énergie un butternut. Au menu du soir, une soupe butternut/lentilles corail au curry et lait de coco. Elle en a les papilles qui frétillent !

Dans le salon, le crépitement du poêle à bois a endormi Nona, la vieille chatte de la maison. Jeanne lui jette un regard empreint de nostalgie. La minette a atteint l’âge vénérable de vingt printemps, elle quittera certainement bientôt sa maîtresse. Et ça serre le cœur de Jeanne.

Cette dernière commence à peine à panser la plaie béante qu’a laissé la disparition d’Eric. Elle se surprend à nouveau à rire, à trouver du merveilleux dans certains instants de vie. Elle ne se hérisse plus des sollicitudes appuyées de ses amies. 

Alors perdre Nona, qui se love contre elle chaque soir pour lui mettre du baume au cœur, elle ne veut pas y penser. Une lassitude pesante envahit Jeanne à cette pensée.

Fort heureusement, le téléphone sonne comme pour faire diversion. 

“ Allo Mom, comment vas-tu ?” lui lance, sur la réserve, sa fille Rebecca.

Hier soir, Jeanne a annoncé à sa fille unique qu’elle quittait Tours pour rejoindre le projet de Tiers Lieu de Marina, sa petite sœur. Rebecca a difficilement accusé le coup. Si elle comprenait le besoin de sa mère d’avancer, qui plus est avec sa tante qu’elle aime tant,  elle vivait cette nouvelle page à écrire comme une trahison à l’égard d’Eric, ce père tant aimé et disparu récemment. Et la vente de l’appartement, lieu de tous ses souvenirs familiaux, était totalement inconcevable pour elle.

Les relations entre Jeanne et Rebecca avaient toujours été plus conflictuelles qu’avec Eric. Jeanne n’avait jamais eu de doute quant à l’amour qu’elles se portaient mutuellement. Mais Eric avait ce lien si particulier avec sa fille qui faisait parfois de Jeanne un imposteur au sein de sa propre famille et ça malgré la volonté farouche d’Eric de ne pas l’exclure. 

Dès la naissance de Rebecca, Eric avait saisi instinctivement chacun des besoins de ce petit être. Jeanne était à la fois admirative et un peu jalouse. Cette connexion n’avait fait que se renforcer quand Rebecca s’était prise de passion pour la musique, comme son père. Mais Rebecca était intelligente, craignant de distendre le lien avec sa mère, elle avait sollicité ses dix doigts talentueux. Jeanne avait appris à Rebecca à coudre, broder, tricoter et la mère de famille avait retrouvé avec bonheur sa juste place au sein du trio. Et au moment de choisir une orientation scolaire, après une longue hésitation entre musique et textile, c’est l’Art du fil qu’avait choisi Rebecca, comme pour renforcer encore plus le lien avec sa mère.

Rebecca avait, jusque là, toujours agi avec justesse et cette réaction totalement disproportionnée et injuste vis à vis de sa mère, avait laissé Jeanne dans le désarroi le plus total.

Alors cet appel la laissait muette.

“ Mom, tu es là ? … Je voulais m'excuser pour hier soir. Ma … ma réaction était carrément égoïste.”

La fenêtre du salon offre le spectacle des nuages qui passent au ralenti dans le ciel du soir. Jeanne se perd dans ce spectacle. Elle sait que rien ne pourra jamais briser ce lien indéfectible qu’elle entretient avec sa fille. Elle l’aime d’un amour inconditionnel, elle pardonnera ce coup de sang de Rebecca. D’autant plus facilement qu’elle le comprend.

“ Oui, je suis là ma chérie. Je te remercie pour le bouquet, la voisine l’a réceptionné ce matin et vient de me l’apporter. Mais ce n’était pas nécessaire. Je comprends parfaitement ta réaction, je m’y attendais. Mais j’ai besoin de tourner la page …”

“ Mom …”

Jeanne ne laisse pas Rebecca poursuivre. Elle la coupe pour finir sa tirade qui la tient en apnée.

“ Ton père me portera sur ce projet, d’autant plus qu’il a aidé financièrement Marina à le mettre en œuvre. Je lui reste fidèle en acceptant ce défi. Tu sais, pour moi, c’est un saut dans le vide sans parachute. Quitter définitivement notre nid douillet où chaque pièce me le rappelle, démarrer une nouvelle activité loin de ma zone de confort, m’éloigner de toi … Tout ça me crève le cœur. Mais je sens viscéralement que je dois tenter l’aventure. Ça ne m’empêchera jamais d’être là pour toi, tu le sais,  n’est-ce pas ?”

"Évidemment que je le sais, lui répond Rebecca, la voix étouffée par l’émotion. En fait, j’ai longuement réfléchi, je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit. La décision s’est imposée vers 2 heures 46, s’esclaffe-t-elle pour détendre l’atmosphère.”

“C’est marrant, je me suis réveillée à 2 heures 46 cette nuit, tu as envahi mes pensées ! Attends un instant, ça sonne à la porte !”

Rebecca entend une conversation en sourdine et puis le claquement de la porte d’entrée, suivi des pas de sa mère.

“C’était Mme Ronchain, tu sais la voisine qui n’aime rien, même pas Noël. Dis moi comment c’est possible d’être Natalophobe ?! Elle venait se plaindre de Nona qui visite sa terrasse de temps en temps. Tu penses bien qu’elle n’aime pas les chats non plus. Je n’imaginais pas que Nona quittait l’appartement, vieille mais filoute la minette, il faudra que je sois vigilante !”

Jeanne réalise que sa fille allait lui faire une confidence.

“Tu disais ma chérie ? Je t’ai coupée dans ton élan ! ”

“ Tu sais que je lance mon entreprise de doudous personnalisés. Mais comme si c’était écrit, mon avocate n’a pas encore déposé les statuts, problème de nom de marque. Ce qui va me permettre de revoir mon projet pour l’imaginer à Ouistreham auprès de Marina et de toi. Je peux travailler n’importe où avec une e-boutique et Léo a juste besoin d'un PC et d’une bonne connexion pour développer sa toute jeune entreprise informatique. Bref, tu ne vas pas te débarrasser de moi comme ça, je m’installe à Ouistreham avec Léo et qui sait, peut-être te rejoindrai-je dans l’aventure quand ma société sera lancée ! Tu en penses quoi Mom ?”

“...”

“Tu ne dis rien, ça t’embête que je veuille rester près de ma m”o”man ? …”

“ Au contraire, si c’est vraiment pour toi que tu fais ça et pas pour moi ?!”

“ Tu sais moi Tours … comment dire …je rêve d’autres horizons et puis un bord de mer ça ne se refuse pas. Je ne suis pas prête à couper le cordon pour le moment et Léo  en a bien conscience, il comprend parfaitement ce besoin de rester dans ton giron pour le moment !”

“ Oui enfin, ta maman ne te fera pas ton repas et ton linge ma chérie ! On t’a faite indépendante avec ton père, ça n’est pas pour que tu restes dans mes jupons à vingt-cinq ans dit Jeanne un brin décontenancée !”

“T’inquiète, tu ne m'auras pas sur le dos H24, mais j’ai besoin de profiter de toi au maximum. Le décès de papa m’a fait prendre conscience que ce temps avec toi était précieux. Et ça ne m’empêchera pas de vivre ma vie !”

“Alors, GO pour l’aventure Ouistreham ma chérie !” 

 

 Alors partantes pour un premier exercice 2022 ?